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Chokri Driouech, Directeur Conseil, Stratégie & Développement, ACG Cybersecurity Mis à jour le 21 octobre 2026 · Lecture : 6 min
La cybersécurité traverse une période charnière : la réglementation se renforce, les besoins en compétences évoluent, et l’IA s’invite dans tous les métiers du numérique. Plusieurs études récentes semblent indiquer une même direction : la valeur se déplace vers celles et ceux qui savent cadrer un risque, vérifier et décider.
Un contexte qui change la donne
Mi-octobre, les rayons frais de plusieurs centaines de supermarchés se sont retrouvés sans froid : des contrôleurs de réfrigération, administrés à distance, avaient été détournés. Signalé par le CERT-FR le 12 octobre, l’épisode résume bien l’époque : la cybersécurité s’étend désormais jusqu’à la chaîne du froid, aux ateliers de production, au quotidien de chacun. Les dirigeants en ont pris la mesure : dans le KPMG Global CEO Outlook 2026, ceux des grandes entreprises la placent en tête des menaces pour leur croissance.
Le cadre réglementaire suit le mouvement. NIS2 étend les obligations de cybersécurité à un nombre bien plus large d’organisations, et sa transposition, portée par le projet de loi Résilience, est attendue à l’Assemblée nationale. Le Cyber Resilience Act impose déjà aux fabricants, depuis le 11 septembre 2026, de signaler les vulnérabilités activement exploitées. L’ANSSI, de son côté, met des repères à disposition : le ReCyF pour se préparer à NIS2, et des recommandations pour sécuriser les systèmes d’IA générative.
Derrière ces textes, une même attente : savoir identifier ses risques, piloter sa conformité et réagir à un incident. Autrement dit, des compétences.
Des compétences, plus encore que des effectifs
Pendant longtemps, on a surtout parlé du nombre de postes à pourvoir en cybersécurité. L’étude 2025 de l’ISC2, menée auprès de 16 029 professionnels, invite à regarder les choses un peu différemment :
Le Global Cybersecurity Outlook 2026 du Forum économique mondial fait le lien avec la résilience : 85 % des organisations qui se jugent insuffisamment résilientes disent manquer des personnes et des compétences nécessaires à leurs objectifs de cybersécurité, contre 22 % des organisations très résilientes.
Une compétence bien ciblée peut donc peser plus lourd qu’un recrutement de plus.
L’IA, un accélérateur de ce mouvement
L’IA arrive dans ce contexte et semble accélérer la tendance. Le mouvement est déjà visible chez les entreprises de services du numérique (ESN), qui déploient l’IA chez leurs clients. D’après l’étude Grand Angle ESN & ICT de KPMG et Numeum, menée auprès de près de 200 ESN et sociétés d’ingénierie en France :
Ce qui se répète semble appelé à s’automatiser. Reste à savoir vers quoi la valeur se déplace.
La valeur remonte vers le jugement
La même étude apporte un élément de réponse. Pour capter de la valeur à l’ère de l’IA, le premier levier cité par les ESN est le conseil en amont, l’architecture et la gouvernance (36 %). Près des deux tiers observent d’ailleurs une hausse des demandes de conseil en amont des projets.
Côté compétences, la plus recherchée relève du jugement : « l’esprit critique, la validation et la responsabilité des résultats IA » (39 %). La maîtrise opérationnelle des outils d’IA arrive loin derrière, à 17 %.
Les professionnels de la cybersécurité partagent ce sentiment. Dans l’étude de l’ISC2, 72 % estiment que l’IA demandera une approche plus stratégique du métier, et 73 % qu’elle créera des compétences plus spécialisées.
Pour les professionnels de la cyber, c’est plutôt une bonne nouvelle : la valeur semble se concentrer sur ce qui demande de comprendre un contexte, d’arbitrer et d’engager sa responsabilité.
Sécuriser l’IA, une compétence à part entière
Avec l’IA arrivent aussi de nouvelles données, de nouveaux accès et du code à protéger. Selon le Forum économique mondial, 87 % des répondants désignent les vulnérabilités liées à l’IA comme le risque cyber qui a le plus progressé en 2025. Les organisations s’en emparent : 64 % évaluent désormais la sécurité de leurs outils d’IA, contre 37 % un an plus tôt. Environ un tiers n’ont toutefois pas encore de processus pour la valider avant déploiement.
En France, une enquête menée sur le territoire brestois, reprise par le Pôle d’excellence cyber, montre que plus de la moitié des organisations interrogées utilisent officiellement l’IA, souvent sans cadre sécurisé.
Les contrats commencent à suivre. Chez les ESN qui ont fait évoluer leurs contrats en lien avec l’IA, les clauses de sécurité et de conformité sont celles qui ont le plus changé (35 % chacune), selon KPMG et Numeum. Les plans de recrutement avancent à un autre rythme : 19 % de ces ESN placent les profils sécurité, conformité et IA responsable parmi leurs recrutements des 18 prochains mois, contre 48 % pour les experts IA.
Pour un professionnel qui maîtrise ces sujets, cet écart pourrait bien devenir une opportunité.
Ce que cela peut changer pour vous
En croisant ces études, trois compétences semblent prendre de la valeur. Chacune s’appuie sur des référentiels reconnus, qui aident à structurer sa montée en compétences et à la rendre visible.
Expertise
Ce qu’elle permet
Référentiels associés
Cadrer le risque
Identifier ce qui compte vraiment avant de lancer un projet, IA compris
ISO/IEC 27005, EBIOS Risk Manager
Auditer et vérifier
Contrôler un système de management, y compris un système d’IA, et en rendre compte
ISO/IEC 27001 Lead Auditor, ISO/IEC 42001 Lead Auditor, CISA
Piloter dans la durée
Faire vivre la gouvernance et la conformité au-delà d’un projet
ISO/IEC 27001 Lead Implementer, ISO/IEC 42001 Lead Implementer, CISSP, CISM
Questions fréquentes
Les études disponibles semblent plutôt aller dans le sens d’une transformation. 73 % des professionnels interrogés par l’ISC2 pensent que l’IA créera des compétences plus spécialisées, et 72 % qu’elle demandera une approche plus stratégique du métier.
Celles qui font appel au jugement : l’analyse de risques, l’audit et le pilotage de la gouvernance. C’est là que l’étude KPMG et Numeum situe le premier levier de valeur, et là que les attentes réglementaires et contractuelles progressent.
Publiée en décembre 2023, ISO/IEC 42001 définit les exigences d’un système de management de l’intelligence artificielle. Elle aide une organisation à encadrer ses usages de l’IA, à en maîtriser les risques et à le démontrer, sur le même principe qu’ISO/IEC 27001 pour la sécurité de l’information.
Pour aller plus loin
ACG CyberAcademy propose les dix certifications citées dans cet article, au Campus Cyber ou à distance.
Sources
Toutes nos formations en cybersécurité, certifications et parcours, réunies dans un seul document.
Toutes nos formations en cybersécurité, certifications et parcours, réunies dans un seul document.
Chokri Driouech, Directeur Conseil, Stratégie & Développement, ACG Cybersecurity Mis à jour le 21 octobre 2026 · Lecture : 6 min
La cybersécurité traverse une période charnière : la réglementation se renforce, les besoins en compétences évoluent, et l’IA s’invite dans tous les métiers du numérique. Plusieurs études récentes semblent indiquer une même direction : la valeur se déplace vers celles et ceux qui savent cadrer un risque, vérifier et décider.
Un contexte qui change la donne
Mi-octobre, les rayons frais de plusieurs centaines de supermarchés se sont retrouvés sans froid : des contrôleurs de réfrigération, administrés à distance, avaient été détournés. Signalé par le CERT-FR le 12 octobre, l’épisode résume bien l’époque : la cybersécurité s’étend désormais jusqu’à la chaîne du froid, aux ateliers de production, au quotidien de chacun. Les dirigeants en ont pris la mesure : dans le KPMG Global CEO Outlook 2026, ceux des grandes entreprises la placent en tête des menaces pour leur croissance.
Le cadre réglementaire suit le mouvement. NIS2 étend les obligations de cybersécurité à un nombre bien plus large d’organisations, et sa transposition, portée par le projet de loi Résilience, est attendue à l’Assemblée nationale. Le Cyber Resilience Act impose déjà aux fabricants, depuis le 11 septembre 2026, de signaler les vulnérabilités activement exploitées. L’ANSSI, de son côté, met des repères à disposition : le ReCyF pour se préparer à NIS2, et des recommandations pour sécuriser les systèmes d’IA générative.
Derrière ces textes, une même attente : savoir identifier ses risques, piloter sa conformité et réagir à un incident. Autrement dit, des compétences.
Des compétences, plus encore que des effectifs
Pendant longtemps, on a surtout parlé du nombre de postes à pourvoir en cybersécurité. L’étude 2025 de l’ISC2, menée auprès de 16 029 professionnels, invite à regarder les choses un peu différemment :
Le Global Cybersecurity Outlook 2026 du Forum économique mondial fait le lien avec la résilience : 85 % des organisations qui se jugent insuffisamment résilientes disent manquer des personnes et des compétences nécessaires à leurs objectifs de cybersécurité, contre 22 % des organisations très résilientes.
Une compétence bien ciblée peut donc peser plus lourd qu’un recrutement de plus.
L’IA, un accélérateur de ce mouvement
L’IA arrive dans ce contexte et semble accélérer la tendance. Le mouvement est déjà visible chez les entreprises de services du numérique (ESN), qui déploient l’IA chez leurs clients. D’après l’étude Grand Angle ESN & ICT de KPMG et Numeum, menée auprès de près de 200 ESN et sociétés d’ingénierie en France :
Ce qui se répète semble appelé à s’automatiser. Reste à savoir vers quoi la valeur se déplace.
La valeur remonte vers le jugement
La même étude apporte un élément de réponse. Pour capter de la valeur à l’ère de l’IA, le premier levier cité par les ESN est le conseil en amont, l’architecture et la gouvernance (36 %). Près des deux tiers observent d’ailleurs une hausse des demandes de conseil en amont des projets.
Côté compétences, la plus recherchée relève du jugement : « l’esprit critique, la validation et la responsabilité des résultats IA » (39 %). La maîtrise opérationnelle des outils d’IA arrive loin derrière, à 17 %.
Les professionnels de la cybersécurité partagent ce sentiment. Dans l’étude de l’ISC2, 72 % estiment que l’IA demandera une approche plus stratégique du métier, et 73 % qu’elle créera des compétences plus spécialisées.
Pour les professionnels de la cyber, c’est plutôt une bonne nouvelle : la valeur semble se concentrer sur ce qui demande de comprendre un contexte, d’arbitrer et d’engager sa responsabilité.
Sécuriser l’IA, une compétence à part entière
Avec l’IA arrivent aussi de nouvelles données, de nouveaux accès et du code à protéger. Selon le Forum économique mondial, 87 % des répondants désignent les vulnérabilités liées à l’IA comme le risque cyber qui a le plus progressé en 2025. Les organisations s’en emparent : 64 % évaluent désormais la sécurité de leurs outils d’IA, contre 37 % un an plus tôt. Environ un tiers n’ont toutefois pas encore de processus pour la valider avant déploiement.
En France, une enquête menée sur le territoire brestois, reprise par le Pôle d’excellence cyber, montre que plus de la moitié des organisations interrogées utilisent officiellement l’IA, souvent sans cadre sécurisé.
Les contrats commencent à suivre. Chez les ESN qui ont fait évoluer leurs contrats en lien avec l’IA, les clauses de sécurité et de conformité sont celles qui ont le plus changé (35 % chacune), selon KPMG et Numeum. Les plans de recrutement avancent à un autre rythme : 19 % de ces ESN placent les profils sécurité, conformité et IA responsable parmi leurs recrutements des 18 prochains mois, contre 48 % pour les experts IA.
Pour un professionnel qui maîtrise ces sujets, cet écart pourrait bien devenir une opportunité.
Ce que cela peut changer pour vous
En croisant ces études, trois compétences semblent prendre de la valeur. Chacune s’appuie sur des référentiels reconnus, qui aident à structurer sa montée en compétences et à la rendre visible.
Expertise
Ce qu’elle permet
Référentiels associés
Cadrer le risque
Identifier ce qui compte vraiment avant de lancer un projet, IA compris
ISO/IEC 27005, EBIOS Risk Manager
Auditer et vérifier
Contrôler un système de management, y compris un système d’IA, et en rendre compte
ISO/IEC 27001 Lead Auditor, ISO/IEC 42001 Lead Auditor, CISA
Piloter dans la durée
Faire vivre la gouvernance et la conformité au-delà d’un projet
ISO/IEC 27001 Lead Implementer, ISO/IEC 42001 Lead Implementer, CISSP, CISM
Questions fréquentes
Les études disponibles semblent plutôt aller dans le sens d’une transformation. 73 % des professionnels interrogés par l’ISC2 pensent que l’IA créera des compétences plus spécialisées, et 72 % qu’elle demandera une approche plus stratégique du métier.
Celles qui font appel au jugement : l’analyse de risques, l’audit et le pilotage de la gouvernance. C’est là que l’étude KPMG et Numeum situe le premier levier de valeur, et là que les attentes réglementaires et contractuelles progressent.
Publiée en décembre 2023, ISO/IEC 42001 définit les exigences d’un système de management de l’intelligence artificielle. Elle aide une organisation à encadrer ses usages de l’IA, à en maîtriser les risques et à le démontrer, sur le même principe qu’ISO/IEC 27001 pour la sécurité de l’information.
Pour aller plus loin
ACG CyberAcademy propose les dix certifications citées dans cet article, au Campus Cyber ou à distance.
Sources
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